La biographie de Pierre-Jakez Hélias le désigne comme témoin d'une Bretagne perdue. Or ce rôle de témoin n'est ni simple ni conventionnel. " Où est ma parole ? " telle est l'inquiétude qui revient sous des formes variables : comment être l'écrivain d'un monde oral ? Comment être le bavard d'une civilisation qui a érigé le mutisme en règle de vie - mais, à l'inverse, comment se taire et la laisser disparaître ?
Comment décrire cette civilisation alors qu'on est persuadé que sa richesse est incommunicable ? Comment oser écrire quand on se place à l'ombre d'immenses ancêtres qui furent maîtres de vie, de merveilles ou de philosophie ? enfin, comment formuler une société qui vous constitue, sans être séparé par l'analyse ethnologique ?
De telles questions posent une fantomatique dans ces textes, une hésitation du récitant et une identité tremblée. Ceci invite à relire Pierre-Jakez Hélias : c'est l'occasion de rencontrer un projet littéraire exigeant mais incertain. C'est aussi accepter la littérature régionaliste comme une entreprise déterminante trop longtemps méprisée.