La Réunion (on dit alors l'île Bourbon) vers 1830... Il se murmure, parmi les planteurs de l'endroit, que le nouveau " roi des Français ". Louis-Philippe, a résolu d'abolir pour de bon l'esclavage. Prosper d'Entremont, notaire de son état et esprit avisé, conseille à ou frère Richeville, qui règne sur une jolie plantation, de devancer l'Histoire afin de n'avoir point à la subir : chacun a encore ici en tête l'exemple d'Haïti "libérée" par les révolutionnaires de 1791 dans un bain de sang. Ainsi les frères d'Entremont vont-ils émanciper quelque esclaves - au moins ceux qui à force de travail ont réussi à amasser un petit pécule qui leur permette de se "racheter". La pratique risque de se révéler pleine de profit : l'affranchi désormais salarié par son maître, si modestement que ce soit, aura à sœur de travailler double pour gagner sa pitance - et garder sa place. Mais Prosper voit plus loin...
Quand la brave Sidonie annonce qu'elle a réuni de quoi racheter son fils, le notaire a une idée : que Richeville, cette fois, ne se contente pas d'émanciper le gamin ; qu'il en fasse un exemple. On donnera au jeune Etienne un brin d'éducation - lire, écrire, compter -, on lui confiera même quelques liards à faire fructifier, et il montrera à ses frères de couleur le droit chemin à suivre. Enfin et surtout, en cas de troubles, il sera d'une aide précieuse pour ses bienfaiteurs blancs, jouera les modérateurs. Et tout restera dans l'ordre.
Prosper surveille lui-même l'éducation du garçon et se frotte les mains en constatant ses progrès : nul doute, le petit métis est un sujet de choix et va se révéler un allié plus utile encore que prévu ! A ceci près que les que les choses ne vont pas tout à fait se passer comme le rusé notaire l'avait manigancé...
Quant à Etienne, devenu à son tour - et non sans peine - un homme riche et envié, partagé en son âme et bientôt en son corps entre deux mondes qui ont du mal à s'abouter, il lui faudra quelque peu se salir les mains à l'usage de la liberté. Mais le monde - et d'abord le cœur des hommes - n'est-il pas le lieu d'un secret métissage où le ciel et l'enfer ont l'un et l'autre leur mot à dire ?