Calfeutré dans son intérieur sous l'assaut de migraines d'une violence inexorable, Maxence Caron a appris à vivre en la compagnie des livres, de la musique et de sa pensée. Comme bien des enfants prodiges, il aura très tôt compris que ses dons seraient assortis de quelques malédictions: l'oreille absolue, une aisance mozartienne au piano, une agrégation de philosophie à vingt-deux ans, une thèse de doctorat récompensée par l'Académie française (Heidegger, pensée de l'être et origine de la subjectivité), une collection de prix au Conservatoire national de musique et la conception, à moins de trente ans, d'un système de philosophie entièrement nouveau (La Vérité captive, De la philosophie), lui ont valu une pluie d'éloges et quelques jalousies. C'est sans regret qu'il a choisi la liberté pour se consacrer à l'écriture, loin des sentiers battus, renonçant à la carrière académique qui lui tendait les bras. Après avoir fondé aux Éditions du Cerf la collection des "Cahiers d'Histoire de la Philosophie", où sont magistralement commentées les œuvres de Simone Weil, Kant ou Montaigne, il a poursuivi son cheminement philosophique et littéraire en se tournant vers la poésie (Le Chant du veilleur, Poëme symphonique) et la musique (Pages: Le Sens, la musique et les mots). Grand admirateur de Tzara et Claudel, interprète remarquable de Bach et Beethoven, penseur rigoureux de Lacan et saint Augustin, catholique inclassable et méditatif au tempérament de feu, Maxence Caron se dérobe à toutes les écoles de pensée et a d'ores et déjà marqué son époque d'une empreinte si singulière qu'elle ne laisse aucun lecteur indifférent: sa culture, son amour de la langue française, son goût du jeu et de la provocation, son style à la fois baroque et cinglant font de cet écrivain de trente-cinq ans l'une des figures montantes de l'avant-garde littéraire.