"J'ai toujours fait des films comme quelque chose d'éphémère", dit Clause Sautet. L'éphémère s'est mué, à travers treize longs-métrages, en une oeuvre véritable, poursuivant un panorama de personnages jamais archétypés qui existent par leur métier, par la crise qu'ils traversent, par leur entourage, enfin. Au total, par leur singularité. La pérennité des oeuvres de Sautet est indéniable, même s'il n'en était pas lui-même entièrement convaincu. Qu'est-ce-qui nous est donné ? Une oeuvre qui chante l'introversion ou la vulnérabilité. "Une certaine fragilité qui a trouvé sa vitesse de croisière", dit somptueusement Arnaud, et c'est une magnifique définition de Sautet lui-même, autant que de ses films (Nelly et M. Arnaud). Une oeuvre qui transmue le quotidien dans le silence du doute, qui met en musique l'émotion et ne trouve de repos que dans le provisoire, porteur d'espérance. Une oeuvre dont, souvent, certaines phases sont laissées en suspens, inachevées, où certains dialogues finissent dans un geste, un mouvement de la tête et de l'épaule. Une oeuvre qui arpège nos chagrins et nos désillusions tremblantes. Au coeur de la parfaite économie de moyens dont témoignent les films les plus récents, niche heureusement la force la plus rassurante. Martial Pasquier (Quelques jours avec moi), Pierre Arnaud (Nelly et M. Arnaud), pèsent de toute leur présence, comme le faisait Abel Davos. Auteuil et Serrault, pourtant, n'ont à l'évidence pas le même registre que Ventura. C'est dire assez la présence constante du réalisateur et la permanence de son engagement artistique. Oui, qu'est-ce-qui nous est donné ? L'incertitude, soit, tout simplement, ce que Sautet déclarait être "la tragédie dissimulée de l'imprévisible déroulement de la vie".