Force est de constater le basculement ou la réversion qui font passer de l'intérieur à l'extérieur et inversement. Jusqu'à quel point le dedans peut-il absorber le dehors en l'intraversant, et le dehors avoir raison du dedans en l'extraversant ? L'intérieur le plus intérieur, est-ce Dieu ou le diable ? Est-ce un principe transcendant à l'homme ou bien l'être humain comme tel ? Et quels rapports l'intérieur entretient-il avec les vicissitudes de l'histoire ? Songeons aux formes dont naissent les " formules ", aux matrices où se développe l'embryon, aux chambres noires où se produit l'image, aux a priori culturels qui permettent à un peuple de se former ou aux définitions hétérogènes dont sort une notion. L'intérieur noue assurément des rapports privilégiés avec la création artistique. Et un désir incoercible de dedans nous pousse à créditer d'intérieur des êtres vus à travers un verre éloignant ou à enrichir d'âmes de simples " créatures de pigments ". Mais le sentiment de l'intérieur est aussi un rapport de soi à soi médiatisé par l'imaginaire et les formes symboliques de la culture. Outre l'intérieur intime et essentiel, l'intérieur historiquement constitué et l'intérieur artistique, il s'agit donc de saisir un intérieur " égotiste " en perpétuelle rétroaction. Ce sujet, c'est " le sujet terrible ", comme l'écrit Jackie Pigeaud, un sujet auquel on ne saurait refuser son attention sous peine d'oublier le ressort caché du grand art et de toute formation culturelle.