" Il faut changer de société ", dit-on souvent, et on a bien raison. Mais, pour y parvenir, il faut d'abord s'efforcer de changer la notion même de société, et distinguer deux définitions du social. La première, devenue dominante dans la sociologie, le présente comme l'ombre projetée par la société sur d'autres activités (l'économie, le droit, la science, etc.). La seconde préfère le considérer comme l'association nouvelle entre des êtres surprenants qui viennent briser la certitude confortable d'appartenir au même monde commun. Dans ce second sens, le social se modifie constamment. Pour le suivre, il faut d'autres méthodes d'enquête, d'autres exigences, d'autres terrains. C'est à retracer le social comme association que s'attache depuis trente ans ce qu'on a appelé la " sociologie de l'acteur-réseau " et que Bruno Latour présente ici. Sa proposition est simple : entre la société et la sociologie, il faut choisir. De même que la notion de " nature " rend la politique impossible, il faut se faire à l'idée que la notion de société est devenue l'ennemie de toute pensée du politique. Ce n'est pas une raison pour se décourager... mais l'occasion de refaire de la sociologie.
Table des matières :
Introduction Comment recommencer à suivre les associations ? I. Comment déployer les controverses sur le monde social ? Introduction : du bon usage des controverses Première source d'incertitude : pas de groupes, mais des regroupements Une liste des traces laissées par la formation de groupes Pas de travail, pas de groupe Médiateurs contre intermédiaires Deuxième source d'incertitude : débordés par l'action Un acteur n'agit pas : on le fait agir Une enquête de métaphysique appliquée Une liste pour enregistrer les controverses sur les sources de l'action Comment faire faire quelque chose à quelqu'un Troisième source d'incertitude : Quelle action pour quels objets ? Élargir la gamme des acteurs Les objets aussi participent à l'action Les objets ne laissent de traces que par intermittence Une liste de situations pour rendre visible le rôle des objets Qui a oublié les relations de pouvoir ? Quatrième source d'incertitude : des faits indiscutables aux faits disputés Constructivisme, pas constructivisme social L'heureux naufrage de la sociologie des sciences Se passer de toute explication sociale Traduction contre transport L'expérience mène plus loin Une liste pour nous aider à déployer les faits disputés Cinquième source d'incertitude : rédiger des comptes rendus risqués Nous écrivons des textes, nous ne regardons pas à travers une vitre Mais qu'est-ce qu'un réseau, à la fin ? Retour aux fondamentaux : une liste de carnets Déploiement, non pas critique Que faire de l'acteur-réseau ? Interlude sous forme de dialogue II. Comment retracer les associations ? Introduction : pourquoi le social est-il si difficile à dessiner ? Le monde social est plat ! Premier mouvement : localiser le global Du panoptique à l'oligoptique Panoramas Deuxième mouvement : Redistribuer le local Articulateurs et localisateurs Le lieu improbable des interactions face-à-face Plug-ins Des acteurs aux attachements Troisième mouvement : connecter les sites Des normalisations aux énoncés collectants Les médiateurs, enfin Plasma : les masses manquantes Conclusion : de la société au collectif peut-on réassembler le social ? Quel type d'épistémologie politique ? Une discipline parmi d'autres Une autre définition de la composition politique Bibliographie.
Notice biographique :
Bruno Latour est professeur émérite associé au médialab de Sciences Po. Après une agrégation et un doctorat en philosophie, il a fait plusieurs études ethnographiques en Afrique puis en Amérique. Il a écrit de nombreux ouvrages et articles sur l'anthropologie du monde moderne. La plupart de ses ouvrages en français sont publiés à La Découverte.