Stephen King l’affirme dans Danse macabre : Dracula et le monstre de Frankenstein sont les deux archétypes fondateurs de l’imaginaire horrifique contemporain. Frankenstein ouvre le XIXe siècle, Dracula le clôt : ensemble, ils capturent toutes les angoisses de la modernité naissante. Aux sources de la science-fiction et du roman d’horreur, ils ont façonné durablement notre imaginaire collectif et continuent d’irriguer la pop culture. Outre un univers gothique et une atmosphère lugubre, ils partagent une même architecture narrative : construction progressive de la tension, multiplication des points de vue, mise en question de la fiabilité des narrateurs. Sous le frisson et le suspense, ce sont deux oeuvres d’une grande richesse philosophique. Marginalité, sexualité, rôles de genre, vertige du progrès, hubris, responsabilité, limites morales floues : lire Frankenstein et Dracula côte à côte, c’est regarder en face le miroir sombre et fascinant de la modernité.