Une lecture « tambour battant », comme l écriture du roman, comme la vie d Adam. Jeune Africain, Adam qui s appelait alors Moussa, est échangé par son père contre un téléviseur à écran plat, et adopté par Dolorès et Matt Hanes, double transparent du « célèbre couple hollywoodien qui adopte des enfants sur chaque continent »... Mais L Amour nègre n est pas un roman sur les bonheurs et les risques de l adoption. D Afrique, Dolorès ramène Moussa en Amérique. Rebaptisé Adam, Moussa passe sans transition de la jungle à Hollywood... Mais L Amour nègre n est pas l histoire d une acculturation. Réadopté de nouveau par Jack Malone, double sympathique de l acteur qui fait la pub pour des « capsules de café », Adam passe trois années auprès de lui dans une île d Océanie. Son nouveau papa lui enseigne le retour à la nature... Mais L Amour nègre n est pas l histoire d une rédemption zen après la corruption d Hollywood. Enfin, Adam est « adopté » par Gladys, femme de banquier genevois, en vacances sexuelles dans une île touristique. Elle le ramène en Suisse avec un passeport au nom d Aimé Clerc. Et l abandonne après usage. Moussa-Adam-Aimé survit... Mais L Amour nègre n est pas l histoire de l intégration plus ou moins réussie d un Africain clandestin au pays du secret bancaire. Si L Amour nègre n est pas tout cela, alors de quoi s agit-il? D un roman aux sens emboîtés. Sur notre très contemporaine société, assommée de « people », de « marques », de chirurgie esthétique, de drogues, de psys, de paparazzi. Un roman sur les mirages, ceux d Hollywood, des îles paradis, ou de la Suisse prospère. Où tout le monde lit le même livre. Où l on ne connaît les événements qu à la proportion du « buzz ». Où personne n écoute personne, sauf moyennant honoraires. Un roman qui n est pas tendre avec l espèce humaine.