« Comme amateur, je dois donc m’efforcer de reconnaître ma propre ignorance et ne jamais m’excuser de ce que mes yeux me disent quand je regarde l’écran… » Tel est, réduit à son principe, le mot d’ordre critique de James Agee lorsqu’il inaugure, le 26 décembre 1942, sa chronique de cinéma à The Nation.
Pour lui, rien n’est jamais joué a priori. Son évaluation, nuancée et sauvage en même temps, se fait toujours au coup par coup, film par film, souvent scène par scène. À travers les oeuvres de Griffith, Chaplin, Dreyer, Vigo, Rossellini, Huston ou Laurence Olivier, c’est l’âge d’or du cinéma américain et européen (du burlesque au néo-réalisme en passant par le film de guerre, la comédie ou le mélodrame) qui se voit ainsi confronté aux goûts, à l’intelligence et à la perception presque hallucinée de l’auteur de Louons maintenant les grands hommes et d’Une mort dans la famille.