Norbert Elias (1897-1990), sociologue juif allemand, lecteur de Freud, a produit une oeuvre atypique. Sa théorie du « processus de civilisation » – largement reconnue – propose une sociogenèse de la modernité qui articule le développement historique des sociétés et le réglage social de la vie affective.
L’originalité d’Elias est d’affirmer l’historicité de l’affectivité : la monopolisation progressive de la violence physique par l’État a induit une transformation lente de l’économie psychique et porté les individus socialisés à adopter des formes d’autocontrainte. Cette histoire processuelle connaît pourtant des stases et des reflux, et même des phases de « décivilisation ». Pour les comprendre, Elias prend en compte la singularité des situations historiques ainsi que la multiplicité des causes façonnant les moeurs des nations. Aussi confie-t-il à la collaboration des disciplines (de la sociologie avec l’histoire ainsi qu’avec la psychologie) la tâche de saisir l’ensemble des faits humains qui concourent à la constitution de la modernité.
Après avoir cerné la pensée d’Elias et les objections qu’elle suscite, le présent ouvrage montre qu’elle offre un appui précieux pour qui travaille à diagnostiquer les pathologies sociales contemporaines, dérivant de la constitution des hommes en « individus ».
Table des matières :
Remerciements Repères chronologiques Éditions des oeuvres d’Elias utilisées et liste des abréviations des textes cités Introduction Un Elias « philosophe » ? Quelques remarques sur l’oeuvre Fils directeurs Chapitre 1. Le processus de civilisation Introduction : histoire et affects Une sensibilité plus fine L’histoire des formes sociales de la sensibilité Le principe des transformations émotionnelles La question des invariants Chapitre 2. Perturbations et illusions duprocessus de civilisation La question du « reflux » Les autres formes de conscience. Retour en arrière ? Les figures historiques de la conscience La production historique d’une conscience illusoire Le « je sans nous » et le nous comme « terre nourricière » L’effet de retardement et la résistance des anciennes images de soi Lectures et interprétations du temps présent Chapitre 3. La décivilisation Reflux et décivilisation. La possibilité de la décivilisation L’interprétation du nazisme Présentation Décivilisation et processus de civilisation Une sociologie historique du nazisme Une sociologie historique de l’« aveuglement » des Juifs allemands Chapitre 4. Une sociologie des interdépendances Quelques principes généraux La formation de l’État moderne Les unités de survie La théorie des interdépendances Interdépendances, pouvoir et interactions Des « interdépendances spécifiques » Qu’est-ce qu’une configuration ? La balance des pouvoirs La théorie des rapports entre groupes établis et groupes marginaux Chapitre 5. Théorie de la sociologie « Lever le voile des occultations » Engagement et distanciation L’analyse sociale en première et en troisième personne Contre les dichotomies Une sociologie « historique » Le temps long L’absence de commencements absolus La collaboration des disciplines Chapitre 6. Elias et les « disciplines » 1. Histoire et sociologie. Critique de la science historique Le procès de la philosophie classique « Le plus freudien des sociologues » Les usages des sciences. Modèles biologiques, usages et critiques La sociologie de la connaissance Une sociologie de l’art ? La fonction et la forme Chapitre 7. Réception et postérité Une réception tardive Elias dans la philosophie française Quelques enjeux contemporains de lecture Conclusion Glossaire Notices biographiques Bibliographie Index nominum Index rerum
Notes Biographiques :
Claire Pagès est maître de conférences à l’Université François Rabelais (Tours) et directrice de programme au Collège international de philosophie. Elle est l’auteur de Hegel & Freud. Les intermittences du sens (2015), Qu’est-ce que la dialectique ? (2015) et Lyotard et l’aliénation (2011).