Le propos de ce livre est de montrer comment l'étude des langues a toujours proposé, au bout du compte, une certaine vision des communautés linguistiques et de leurs rapports, et comment cette vision a pu être utilisée pour justifier l'entreprise coloniale. Les sciences humaines sont en effet enfermées dans un carcan séculier: qu'elles le veuillent ou non, elles parlent de nous, de nos conflits, de nos luttes. Et la traduction qu'elles en donnent est souvent, qu'elles le veuillent ou non, utilisée au profit de certains, dans ces conflits et dans ces luttes. D'un certain point de vue, la linguistique a été jusqu'à l'aube de notre siècle une manière de nier la langue des autres peuples, cette négation, avec d'autres, constituant le fondement idéologique de notre "supériorité", de la supériorité de l'Occident chrétien sur les peuples "exotiques" que nous allions asservir joyeusement. Le phénomène n'a d'ailleurs pas disparu avec la "décolonisation". Louis