Un dimanche de l'été 1938, une petite couturière de dix-neuf ans passe au pied d'une falaise. Elle lève les yeux, écoute son désir: oui, elle va s'évader. Bientôt, elle pose une main sur le rocher, s'élève au-dessus du vide. Elle surmonte sa peur, elle découvre sa passion, en l'espace d'un instant son destin bascule. Claude ne sera pas couturière. Claude n'épousera pas "le fils des patrons de maman". Elle sera alpiniste. Elle connaîtra les plus hautes montagnes du monde, et l'amour. Un amour à l'image de sa vie: solaire et fragile, trop bref mais éternel. En dix ans, du haut de son mètre cinquante, conjuguant audace et émotion, elle se taille une place à part dans le monde viril des alpinistes, sans renoncer à sa féminité. Quand, surmontant son désespoir et les tempêtes des Andes, elle parviendra au sommet du Salcantay, à 6 300 mètres d'altitude, elle pleurera longuement, avant d'enfouir dans la neige la photo de l'homme qu'elle a aimé. Des Alpes à l'Himalaya, en passant par le Nice de l'Occupation, Claude Kogan a chevauché le démon terrible de l'aventure. Elle a conquis le droit de choisir sa vie - et peut-être sa mort.