Nul peut-être n'a compris et aimé les animaux autant que Maurice Genevoix. Il est aussi le poète inégalé de la forêt: la forêt où se déroule ce roman d'un cerf, La Dernière Harde. C'est là que vient au monde ce faon appelé "Le Rouge" dont la mère, bientôt, est tuée. "Le Rouge" grandit. Il est capturé. Il vit quelque temps prisonnier, puis s'échappe, et, devenu à son tour le grand mâle chef de la harde, il mène dans l'atmosphère de la chasse et de l'amour cette prodigieuse existence dont les hommes ne se doutent pas. Les humains n'apparaissent, d'ailleurs, que comme comparses dans cette pure histoire de bêtes. Le "piqueur" le "tueur" par exemple, si vigoureusement silhouettés qu'ils soient, n'en laissent pas moins au premier plan le seigneur aux pattes fines, dont les bois se prennent dans les branches quand il dresse sa fière tête. Poésie des immensités tour à tour dépouillées, verdoyantes, où palpite la vie, magnificence de la nature au moment même où elle rejette vers la tombe ses plus sûres beautés, telle est La DernièreHarde qui fait partie des oeuvres les plus accomplies, inoubliables, de Maurice Genevoix.