En 1966-1967, première année de son enseignement à l’université de Tunis, Michel Foucault consacre un cours public à la place de l’homme dans la pensée occidentale moderne. Quelques mois plus tôt, la parution des Mots et les Choses avait suscité de vives controverses en annonçant la « disparition » imminente de l’homme dans les a priori du savoir contemporain. Pourquoi est-il si difficile de renoncer à l’idée d’homme ? Foucault répond en proposant d’interpréter cette idée comme un « mythe », nécessaire pour que la culture occidentale puisse s’y retrouver malgré l’extraordinaire dispersion de ses manifestations. Il en révèle les motifs et les limites. Il dénoue le paradoxe d’une revendication humaniste qui s’affirme avec d’autant plus de force que ses fondements épistémologiques et culturels commencent à s’effriter. On découvre ainsi un Foucault inédit, « ethnologue » de sa propre culture. Il en explore les lignes de fracture à travers les arts, les sciences, la littérature ou les technologies, et diagnostique l’« universalisation » par le savoir et la colonisation qui conduit toute culture à se définir dans son rapport à l’Occident. Prononcé dans une Tunisie récemment indépendante, à un moment où les enjeux de cette universalisation croisent ceux de la décolonisation, ce cours invite à relire la critique foucaldienne de l’humanisme à la lumière des tensions intellectuelles et politiques de son temps.