Balade sordide mais drôle au Liberia et en Sierra Leone, pays en guerre, ce roman nous fait cheminer sur la trace de Birahima, un enfant qui ne ressemble pas vraiment à notre progéniture occidentale. C'est l'un de ces jeunes déshérités qui errent dans le pays, d'un camp politique à un autre. Un "small soldier sans peur et sans reproche" comme il aime à se faire appeler. Perdu dans une guerre absurde, il ne se sépare jamais de sa kalachnikov, fidèle compagne d'infortune qui lui procure sa ration quotidienne et sa dose de hasch. Aux côtés du grigriman Yacouba, qui ne croit pas lui-même à la force de ses talismans, il rencontre les plus grand-guignolesques dictateurs et côtoie la mort. Adoptant le point de vue à la fois naïf et cruel de l'enfant, Ahmadou Kourouma nous fait vivre de l'intérieur l'horreur des guerres qui secouent l'Afrique de l'Ouest. Son langage même est à l'image de l'absurdité du propos. Ainsi, le récit est-il ponctué d'expressions choisies du pidgin (la langue libérienne) qu'il traduit à l'aide de définitions issues d'un "inventaire des particularités" et de deux dictionnaires. Malgré l'originalité de la narration et du style, le roman n'arrive pas à convaincre. On rit à certains passages, bien sûr, mais l'on aurait voulu être plus séduit par l'aspect tragi-comique d'Allah n'est pas obligé. Kourouma tente de faire de l'humour une arme contre la violence. Une arme sans doute un peu trop médiatique…--Chloé S.--