L’œuvre de Jacques Cazotte (1719-1792), principalement connu pour son
Diable amoureux
, a fait l’objet depuis les années 2000 d’entreprises éditoriales et critiques qui ont mis au jour la richesse de ses contes.
Mais l’œuvre narrative de Cazotte recèle aussi des nouvelles et des fables à redécouvrir. La présente édition propose de relire
Ollivier
, épopée chevaleresque en prose encore appréciée au XIX
e
siècle, et
Le Lord impromptu
, nouvelle romanesque représentative de la mode anglaise de l’époque. Par leur diversité, ces deux œuvres montrent comment Cazotte s’est frayé une voie propre – qu’il qualifiait lui-même de « bâtarde » – au sein de la littérature narrative de son temps.
Ollivier
nous entraîne dans un Moyen Âge fantasmé peuplé de souvenirs du Roland furieux et de Don Quichotte. La geste héroïque est le prétexte d’épisodes tour à tour comiques et merveilleux, faits de châteaux enchantés ou hantés, de fées, de génies et d’hommes ensorcelés, ailés ou musiciens. La mort de Cazotte sur l’échafaud en 1792 a nourri la légende d’un défenseur de la foi devenu illuminé, qui aurait prédit la Terreur dans sa correspondance comme dans ses fictions : ainsi fut lue et transmise la scène de la roue tranchante de la fée Bagasse séparant les têtes des corps.
Autre décor, autre ton pour
Le Lord impromptu
: dans une Angleterre contemporaine évoquée avec précision, nous suivons les traces d’un jeune aristocrate recouvrant son rang et sa fortune grâce aux efforts de sa mère, une aventurière déclassée qui sait manier la « magie blanche » autant que la séduction. Si la vertu est toujours victorieuse, les travestissements dont elle use suscitent le soupçon et le trouble.
En réunissant
Ollivier
,
Le Lord impromptu
et
Le Diable amoureux
sous le titre d’
Œuvres badines et morales
en 1776, Cazotte a lui-même indiqué l’unité de son entreprise narrative en la plaçant sous l’égide du dieu Momus, tel qu’on le voit ci-contre railleur et complice, entouré d’auditeurs absorbés et turbulents. De quoi donner raison à Nerval, qui voyait en Cazotte un écrivain « humoristique […] spirituel et naïf à la fois ».