Un homme court, seul. Deux chasseurs qui campent par là le voient passer. Surpris de cette intrusion, « comme enivrés par l'âcre odeur de la forêt », ils décident de le rattraper. L'homme repart, les deux chasseurs sur ses talons. S'ensuit une battue farouche, où l'incompréhension se mue en haine. Intrigue dépouillée à l'extrême mais d'une infinie complexité secrète, La Bouche pleine de terre est une œuvre inclassable qui oscille entre fantastique, absurde et réalisme ; entre allégorie, roman ou conte.
Comme dans le texte qui l'accompagne, La Mort de M. Goluža, autre histoire d'un intrus qui bouleverse le monde dans lequel il surgit, Branimir Šcepanovic fait admirer son style saisissant et son imagination débridée. Deux textes inoubliables, tendus par une angoisse croissante, qui contemplent l'existence humaine d'un œil mi-amusé, mi-résigné.
Notice biographique :
Né en 1937 à Podgorica, au Monténégro, Branimir Šcepanovic se met à écrire dès l'âge de 17 ans. En 1961, son premier recueil de nouvelles l'installe immédiatement comme une figure de la littérature serbe contemporaine. En 1974, La Bouche pleine de terre (traduit en français aux éditions de L'Âge d'homme en 1975) rencontre un immense succès international, jamais démenti au fil des rééditions, au point d'être aujourd'hui considéré comme un classique. La Mort de M. Goluža paraît en 1977. S'ensuivent d'autres textes, dont Le Rachat, jusqu'aux années 1980. Branimir Šcepanovic vit aujourd'hui à Belgrade.
Extrait :
« Maintenant tout lui semblait à la fois plus beau et plus réel,
et il ne lui venait pas un instant àl'esprit que quelqu'un pût lui vouloir du mal. »