La Chine est, à la fois, l'acteur majeur de la transformation de la scène géopolitique planétaire et le symbole du changement civilisationnel global. En se posant comme Etat-civilisation, la Chine entend préserver sa pensée et son identité plurimillénaires, mais en même temps elle défit l'universalisme hégémonique occidental. Sa démarche a fait des émules telles que l'Inde, la Russie. Quant à l'islam, surtout en raison du courant panislamiste radical qui le parcourt, il témoigne du réveil des vieux espaces civilisationnels. La nouvelle bipolarité sino-américaine change la carte du monde désormais centrée sur l'Asie du Sud-Est. Elle se nourrit d'un antagonisme directeur américano-chinois qui remet au goût du jour les théories de l'équilibre mondial lequel se focalise sur la recherche d'un équilibre eurasiatique. A lui seul, cet impératif fait que la politique extérieure des Etats-Unis restera toujours la même, quelle que soit l'Administration, républicaine ou démocrate, au pouvoir. Il est probable que ce même impératif finira par favoriser la résolution de la guerre russo-ukrainienne, en fonction des intérêts de Washington. En ce qui concerne l'Europe, son inexistence politique et le dépassement géopolitique de ses Etats-nation l'excluent du Grand jeu diplomatique et stratégique. Dès lors, le concept d'Etat-civilisation est l'ultime ressource idéologique qui s'offre aux Européens afin qu'ils s'organisent pour éviter leur effacement de l'histoire.