J'ai toujours su que sa voix surgirait encore avec ce timbre vibrant, parfois chantant, pour raconter sa longue odyssée. Celle d'un soldat de 14, de mon grand-père Alfred, chargée d'une émotion unique aux syllabes décisives comme le nom d'une escale au détour de la traversée qui devait le mener à Salonique pour combattre sur le front d'Orient. Milos, l'enchanteresse, avait pris par surprise cet Ulysse arraché à sa terre, l'ayant quittée puis retrouvée, comme il avait retrouvé sa douce Eugénie, la ferme près de l'Authie et le mélancolique jardin où ils finirent leur vie.
"De longs jours elle a attendu L'homme-soldat
De longs jours il s'est tenu là Sur le papier à lettre
Ano Stavros Et s'il revenait un seul jour Faire boire la jument Soulever des sacs de farine."