Et si une tour pouvait révéler nos erreurs, nos élans et nos aveuglements — mieux que n’importe quel discours politique ?
Depuis un demi-siècle, la Tour Traversière est là, immobile en apparence, mais vibrante d’histoires. Elle a vu monter les
illusions modernistes, s’effriter les certitudes, brûler le climat, muter nos désirs. Elle se souvient. Elle témoigne. Et parfois,
elle accuse.
Dans Une tour modes d’emploi, Ysé Sorel et Nicolas Sisto déroulent neuf récits qui traversent trois siècles et donnent voix
à ceux — et à ce — que la ville transforme : l’inauguration exaltée des Trente Glorieuses, l’ardeur d’une cadre des années
1980, les doutes d’un architecte vieillissant, la lassitude d’un édifice relégué, la réinvention écologique, puis les éclats
d’un monde qui vacille jusqu’aux lueurs du XXIVeme siècle.
Tour à tour manifeste, refuge, relique ou promesse, la Traversière devient le centre nerveux d’une polyphonie où les
destinées individuelles se frottent aux secousses du monde. Entre fiction et critique urbaine, ce livre compose un hyper-
roman d’architecture : un voyage d’étage en étage, de corps en conscience, où le lecteur découvre que chaque bâtiment
est une archive, un miroir et un avertissement, avec, en ligne de fuite, cette perspective : qu’habiter le monde demeure
possible, et désirable.
Parce que apprendre à lire la ville, c’est peut-être la forme la plus urgente de lucidité. Parce que s’exercer à déplacer les
murs, c’est déjà commencer à réinventer le réel.