Extrait
Ce mot hantait mes jours, mes nuits, depuis des mois, sans que je ne sache pourquoi. D'où était-il venu ? Mystère. Je ne l'avais pourtant jamais entendu, et encore moins lu. Je ne lis jamais. Alors, comment un tel mot avait-il pu s'imposer à moi ?
Et surtout aussi puissamment ?
Pandémonium.
Plus j'essaie de l'effacer de ma mémoire et plus il s'y incruste. Parfois, la nuit, lorsque j'entends le parquet craquer, ce mot ré-
sonne dans mon crâne. À d'autres moments, c'est le rocking-chair du salon que j'entends rouler. Alors, je me lève, je descends jusqu'au salon, et je constate que la chaise est vide. Elle oscille légèrement. Je me persuade que le chat est passé par là et je remonte dans ma chambre. Un coin de meuble heurte ma cuisse. Je me surprends à ne pas râler, même si c'est douloureux. Les objets qui m'entourent vivent, respirent, je les sens. Ils me regardent évoluer. Je suis sûr qu'ils m'observent, qu'ils jouent avec moi. Personne sur cette terre ne se pose jamais la question : comment un meuble que l'on connaît si bien, que l'on a placé soi-même à cet endroit, dans un espace familier que l'on gère au quotidien, peut-il nous agresser ainsi ? Pandémonium.