Extrait de l'introduction de Dirk Halm et Faruk Sen
Le rapport établi en 1939 par Herbert Scurla, haut conseiller au ministère de l'Éducation du Reich, suite à sa mission à Ankara et à Istanbul, apporte rétrospectivement un témoignage (bien sûr involontaire) sur une époque où les valeurs chrétiennes et occidentales, l'humanité et les conquêtes de la civilisation ont pu survivre en Turquie, alors qu'elles avaient été abandonnées dans une grande partie de l'Europe. Il apporte ainsi un nouvel éclairage sur la question de l'appartenance de la Turquie à la tradition chrétienne et occidentale, évoquée ces dernières années lors du débat sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. La présente édition revue et corrigée du rapport Scurla tient compte de deux faits constatés depuis la première parution entre-temps épuisée: d'une part, l'importance croissante des échanges scientifiques et culturels germano-turcs, et d'autre part, le débat suscité par le rapport Scurla sur l'activité des professeurs d'université allemands en Turquie qui a gagné en intensité. Cela est sûrement dû à la première édition du rapport Scurla dont s'est chargé Klaus-Detlev Grothusen, mais également à l'exposition itinérante «Haymatloz, Exil in der Türkei» (exil en Turquie) de l'association Aktives Muséum Berlin qui fut montrée dans les années quatre-vingt-dix dans de nombreuses villes allemandes, y compris dans des universités. Le débat sur le texte de Scurla s'est donc par la suite intensifié, il a donné lieu à de nombreux commentaires et mises au point qui étaient indispensables au regard des victimes des persécutions nazies. De plus, il est difficilement imaginable de réfléchir sur les relations germano-turques sans se pencher sur leurs racines historiques. L'opinion publique doit donc continuer à avoir accès au document historique probablement le plus important concernant cette phase tout à fait mémorable des échanges scientifiques et culturels germano-turcs, à savoir l'exil d'artistes et de scientifiques allemands en Turquie pendant le nazisme.