Extrait
Il est surprenant de voir combien de chrétiens préfèrent ne pas parler du doute. Certains vont jusqu'à refuser d'y penser. D'une certaine façon, son existence est perçue comme une insulte envers Dieu, comme une remise en question de ce qu'il est. De telles réticences sont assez naturelles : d'une part, nous avons l'impression qu'admettre nos doutes est assimilable à de la faiblesse spirituelle ou intellectuelle ; d'autre part, nous craignons, si nous en parlons à des amis, de les troubler ou de mettre leur foi en danger.
Beaucoup de croyants cherchent ainsi à éliminer le doute. Ils ont l'impression qu'il serait déplacé d'admettre son existence ou ont peut de paraître ridicules, ce faisant. Peut-être craignent-ils pout leur orgueil ou leur estime personnelle. Cependant, si tant de personnes ont de la difficulté à gérer ce phénomène, c'est qu'elles le confondent avec deux notions qui, bien que similaires de prime abord, s'en distinguent nettement : le scepticisme et l'incrédulité.
° Premièrement, le doute est à distinguer du scepticisme, attitude consistant dans le choix délibéré de douter de tout, pat principe.
° Deuxièmement, le doute est à distinguer de l'incrédulité, décision de ne pas avoir foi en Dieu. L'incrédulité est un acte de la volonté, ce n'est pas une difficulté à comprendre.
Douter, c'est se poser des questions ou exprimer des incertitudes, mais avec pour point de départ la foi. Vous croyez, mais vous rencontrez des difficultés avec ce que vous croyez ou vous avez certaines interrogations à ce sujet. Si la foi et l'incrédulité s'excluent mutuellement, foi et doute ne sont pas incompatibles.
Le doute est probablement un trait caractéristique de la vie chrétienne. C'est en quelque sotte une «douleur de croissance» spirituelle. Parfois, il diminue au point de sembler absent ; à d'autres moments, il vient occuper le devant de la scène, comme s'il voulait se venger de sa période de latence en se manifestant clairement. Un médecin que j'ai connu présentait la vie comme une lutte permanente contre toutes sortes de maladies et affirmait que la santé n'est rien de plus que la capacité de maintenir la maladie à distance. Pour certaines personnes, la vie de foi ressemble à un conflit permanent contre le doute. Il peut être utile de prendre conscience qu'il s'agit d'un symptôme de notre fragilité humaine, de notre réticence naturelle à faire confiance à Dieu. Nous allons développer ce point en examinant ce qui nous conduit à la foi.