Extrait
EN GUISE D'AVERTISSEMENT
Excuses envers ceux qui en savent beaucoup
Ce petit livre a les pommettes rougissantes de timidité. Le lecteur non initié au mouvement béguinal sera sans doute étonné de cette réserve. Mais en songeant à ceux qui en savent beaucoup sur le sujet, et même rien qu'un peu, je mesure ma présomption. Il faudra, en effet, attendre encore plusieurs années avant que puisse voir le jour une présentation à la fois globale et détaillée du phénomène des béguines du moyen âge. Je demande aux spécialistes de m'accorder leur sympathie.
Se résigner à la fluidité ?
Certes, les articles scientifiques et les monographies très documentées ne manquent pas et ne font que se multiplier depuis ces dernières années, tant en Europe qu'aux États-Unis, provenant d'historiens universitaires les plus sérieux. Mais de ces travaux, on ne peut tirer que des conclusions provisoires, encore trop parcellaires pour pouvoir les organiser en une synthèse qui serait convaincante et honnête autant que plaisante pour l'esprit. Le visage du béguinisme est encore morcelé, voire éclaté, aux traits parfois insaisissables, et ce pour longtemps semble-t-il. Cette fluidité correspond bien, finalement, au caractère inclassable et quelque peu sauvage du mouvement béguinal.
Éviter les idéologies réductrices
Ce mouvement n'a pas manqué, malheureusement, d'être enfermé et rapidement interprété par des idéologues contemporains, prenant appui sur les béguines du lointain moyen âge pour étayer les revendications féministes modernes et pour régler des comptes avec l'institution ecclésiale actuelle. Ce livre, s'il arrive dans leurs mains, va les décevoir.
L'honnêteté d'une humble approche
Moins fantaisistes et plus pragmatiques que théoriciens, certains aiment considérer le béguinage du moyen âge comme une source d'inspiration pour inventer, de nos jours, un «habitat groupé», qui assurerait la sécurité économique - dans le partage -, encouragerait la sobriété de vie - dans le contentement -, appellerait à la spiritualité - dans le respect des diverses religions et philosophies -, et susciterait un art de bâtir et d'habiter - dans une architecture sans arrogance et qui n'aurait d'autre beauté que la simplicité -. Bien qu'elle n'épuise pas toute la réalité spirituelle de la vie béguinale, cette approche n'y est pas étrangère et a le mérite d'être humble et honnête.
Oser, quand même, dire quelque choseLe projet de ces pages est cependant plus prétentieux. Car si l'historien de métier a le droit et même le devoir d'être prudent et lent, le pasteur que je suis, tout en ayant le devoir d'être également prudent, a par contre le droit d'être plus rapide, de courir aux urgences en quelque sorte. En effet, le mouvement béguinal a certaines chances de rencontrer des aspirations de l'heure, chez les chrétiens en tout cas. Pourquoi ne pas les proposer avec audace, non comme des recettes qu'on exhumerait du passé - retour nostalgique à une période idéalisée -, mais comme des suggestions - qui n'ont pas vieilli - pour mieux croire, espérer et aimer, dans l'Église et dans le monde de ce siècle commençant ?
Excuses envers ceux qui en savent beaucoup
Ce petit livre a les pommettes rougissantes de timidité. Le lecteur non initié au mouvement béguinal sera sans doute étonné de cette réserve. Mais en songeant à ceux qui en savent beaucoup sur le sujet, et même rien qu'un peu, je mesure ma présomption. Il faudra, en effet, attendre encore plusieurs années avant que puisse voir le jour une présentation à la fois globale et détaillée du phénomène des béguines du moyen âge. Je demande aux spécialistes de m'accorder leur sympathie.
Se résigner à la fluidité ?
Certes, les articles scientifiques et les monographies très documentées ne manquent pas et ne font que se multiplier depuis ces dernières années, tant en Europe qu'aux États-Unis, provenant d'historiens universitaires les plus sérieux. Mais de ces travaux, on ne peut tirer que des conclusions provisoires, encore trop parcellaires pour pouvoir les organiser en une synthèse qui serait convaincante et honnête autant que plaisante pour l'esprit. Le visage du béguinisme est encore morcelé, voire éclaté, aux traits parfois insaisissables, et ce pour longtemps semble-t-il. Cette fluidité correspond bien, finalement, au caractère inclassable et quelque peu sauvage du mouvement béguinal.
Éviter les idéologies réductrices
Ce mouvement n'a pas manqué, malheureusement, d'être enfermé et rapidement interprété par des idéologues contemporains, prenant appui sur les béguines du lointain moyen âge pour étayer les revendications féministes modernes et pour régler des comptes avec l'institution ecclésiale actuelle. Ce livre, s'il arrive dans leurs mains, va les décevoir.
L'honnêteté d'une humble approche
Moins fantaisistes et plus pragmatiques que théoriciens, certains aiment considérer le béguinage du moyen âge comme une source d'inspiration pour inventer, de nos jours, un «habitat groupé», qui assurerait la sécurité économique - dans le partage -, encouragerait la sobriété de vie - dans le contentement -, appellerait à la spiritualité - dans le respect des diverses religions et philosophies -, et susciterait un art de bâtir et d'habiter - dans une architecture sans arrogance et qui n'aurait d'autre beauté que la simplicité -. Bien qu'elle n'épuise pas toute la réalité spirituelle de la vie béguinale, cette approche n'y est pas étrangère et a le mérite d'être humble et honnête.
Oser, quand même, dire quelque choseLe projet de ces pages est cependant plus prétentieux. Car si l'historien de métier a le droit et même le devoir d'être prudent et lent, le pasteur que je suis, tout en ayant le devoir d'être également prudent, a par contre le droit d'être plus rapide, de courir aux urgences en quelque sorte. En effet, le mouvement béguinal a certaines chances de rencontrer des aspirations de l'heure, chez les chrétiens en tout cas. Pourquoi ne pas les proposer avec audace, non comme des recettes qu'on exhumerait du passé - retour nostalgique à une période idéalisée -, mais comme des suggestions - qui n'ont pas vieilli - pour mieux croire, espérer et aimer, dans l'Église et dans le monde de ce siècle commençant ?