A travers un monologue ressassant, qui brasse des faits terribles, des interprétations plus ou moins assurées, des scènes à caractère hallucinatoire, un narrateur raconte en 12 chapitres les étapes d'une descente aux enfers, ses propres enfers et ceux d'une société qui baigne dans la violence et le meurtre, comme dans son élément naturel. Ce narrateur, homme sans nom et étranger au pays où il se trouve, est devenu un exilé volontaire afin de fuir les persécutions entreprises par les autorités de son pays. Il lit et corrige un rapport élaboré par l'Eglise Catholique dans lequel sont reportés minutieusement les massacres d'Indiens, toutes les exactions et les violations de ce que l'on nomme les Droits de l'Homme, commis par des militaires, nommément désignés et dont l'impunité est totale et le pouvoir de nuire et de tuer, encore immense. Chaque chapitre mêle dans les propos emportés du narrateur des descriptions des atrocités de l'armée, des citations des témoignages des survivants assimilées à la plus haute poésie, et les inquiétudes personnelles de ce correcteur - le sexe, la peur, la panique, la colère et la rage qui naissent de tout incident quotidien, le tout plongé dans un fort courant que le narrateur lui-même nomme paranoïa. Plongée dans le délire, ce roman est autant le portrait d'un homme aux lisières de la folie, que celui d'un pays qui vit la violence comme sa nature. C'est aussi un réquisitoire politique : après l'échec et la fin des guérillas, l'ensemble des sociétés n'ont plus les valeurs ni les forces nécessaires pour imposer la démocratie.