Extrait
Vivre à Lyon pendant la guerre
Isabelle Doré-Rive, directricedu CHRD
Alors que la population française devient majoritairement urbaine à partir des années 1930, Lyon apparaît à la veille de la guerre comme une grande métropole de près de 460 000 habitants, forte de son activité économique tournée vers l'industrie chimique et textile, mais aussi centre hospitalier réputé, ville dotée d'universités dynamiques (même si elles ne rassemblent que quelques centaines d'étudiants). C'est un bastion du parti radical, incarné par le maire Édouard Herriot, élu en 1905 et plusieurs fois président du Conseil. Les syndicats y sont puissants. Lyon est également une ville où le catholicisme, avec ses différents courants, est profondément implanté.
Au cours de la Première Guerre mondiale, Lyon était une des principales villes de l'arrière et a contribué à l'effort de guerre grâce à son industrie, reconvertie pour l'occasion, et ses hôpitaux qui accueillaient les blessés de guerre. La ville a payé un lourd tribut : plus de 10 000 hommes sont morts au combat. Leur souvenir est rappelé à partir de 1930 sur l'imposant monument érigé sur l'Ile aux cygnes, au parc de la Tête d'Or.
LA MONTÉE VERS LA GUERRE
Si les Lyonnais sont bien informés des événements internationaux de l'entre-deux-guerres par la presse (ils disposent de plusieurs quotidiens locaux comme Le Progrès, Lyon Républicain, Le Nouvelliste, mais aussi d'hebdomadaires comme La Vie lyonnaise) ou encore par les actualités cinématographiques, ils se sentent peu menacés par l'expansionnisme allemand. L'imminence d'une guerre devient pour eux réalité avec l'arrivée des premiers réfugiés, principalement juifs, d'Europe centrale, Italiens antifascistes ou Espagnols antifranquistes dans les années 1930. C'est surtout après les accords de Munich en septembre 1938 que l'application des mesures de Défense passive dans la ville rend concrète la menace. Des tranchées sont creusées place Bellecour, des caves sont identifiées comme étant assez solides pour servir d'abri, les habitants reçoivent chacun un masque à gaz qu'ils devront emporter partout avec eux pendant toute la «drôle de guerre».
Après l'offensive allemande de mai 1940, les choses se précipitent : Lyon est rattrapée par la guerre. Le 14 juin, les Allemands sont à Paris, le 18 ils sont aux portes de Lyon qui est déclarée «ville ouverte» par son maire, soucieux d'épargner les populations civiles. Les Lyonnais subissent alors une première occupation de moins de trois semaines : en effet, dès le 22 juin, les conditions de l'armistice sont connues, Lyon sera dans la zone non occupée et acquiert donc de ce fait une réelle attractivité pour la population de la zone nord.
Cette première période, allant de juillet 1940 à novembre 1942, tranche nettement avec la période de la seconde occupation, du 11 novembre 1942 au 3 septembre 1944. Les Lyonnais découvrent les vicissitudes de l'occupation étrangère et sa brutalité. Les témoins de l'époque seront frappés par la présence des Allemands, très visible dans l'espace public : marquage des administrations et grands hôtels occupés par eux, passage à l'heure allemande, en avance de deux heures sur l'heure solaire en 1943, défilés militaires, interdiction de circuler dans certains secteurs comme celui de l'École du service de santé militaire avenue Berthelot, siège de la Gestapo.
Isabelle Doré-Rive, directricedu CHRD
Alors que la population française devient majoritairement urbaine à partir des années 1930, Lyon apparaît à la veille de la guerre comme une grande métropole de près de 460 000 habitants, forte de son activité économique tournée vers l'industrie chimique et textile, mais aussi centre hospitalier réputé, ville dotée d'universités dynamiques (même si elles ne rassemblent que quelques centaines d'étudiants). C'est un bastion du parti radical, incarné par le maire Édouard Herriot, élu en 1905 et plusieurs fois président du Conseil. Les syndicats y sont puissants. Lyon est également une ville où le catholicisme, avec ses différents courants, est profondément implanté.
Au cours de la Première Guerre mondiale, Lyon était une des principales villes de l'arrière et a contribué à l'effort de guerre grâce à son industrie, reconvertie pour l'occasion, et ses hôpitaux qui accueillaient les blessés de guerre. La ville a payé un lourd tribut : plus de 10 000 hommes sont morts au combat. Leur souvenir est rappelé à partir de 1930 sur l'imposant monument érigé sur l'Ile aux cygnes, au parc de la Tête d'Or.
LA MONTÉE VERS LA GUERRE
Si les Lyonnais sont bien informés des événements internationaux de l'entre-deux-guerres par la presse (ils disposent de plusieurs quotidiens locaux comme Le Progrès, Lyon Républicain, Le Nouvelliste, mais aussi d'hebdomadaires comme La Vie lyonnaise) ou encore par les actualités cinématographiques, ils se sentent peu menacés par l'expansionnisme allemand. L'imminence d'une guerre devient pour eux réalité avec l'arrivée des premiers réfugiés, principalement juifs, d'Europe centrale, Italiens antifascistes ou Espagnols antifranquistes dans les années 1930. C'est surtout après les accords de Munich en septembre 1938 que l'application des mesures de Défense passive dans la ville rend concrète la menace. Des tranchées sont creusées place Bellecour, des caves sont identifiées comme étant assez solides pour servir d'abri, les habitants reçoivent chacun un masque à gaz qu'ils devront emporter partout avec eux pendant toute la «drôle de guerre».
Après l'offensive allemande de mai 1940, les choses se précipitent : Lyon est rattrapée par la guerre. Le 14 juin, les Allemands sont à Paris, le 18 ils sont aux portes de Lyon qui est déclarée «ville ouverte» par son maire, soucieux d'épargner les populations civiles. Les Lyonnais subissent alors une première occupation de moins de trois semaines : en effet, dès le 22 juin, les conditions de l'armistice sont connues, Lyon sera dans la zone non occupée et acquiert donc de ce fait une réelle attractivité pour la population de la zone nord.
Cette première période, allant de juillet 1940 à novembre 1942, tranche nettement avec la période de la seconde occupation, du 11 novembre 1942 au 3 septembre 1944. Les Lyonnais découvrent les vicissitudes de l'occupation étrangère et sa brutalité. Les témoins de l'époque seront frappés par la présence des Allemands, très visible dans l'espace public : marquage des administrations et grands hôtels occupés par eux, passage à l'heure allemande, en avance de deux heures sur l'heure solaire en 1943, défilés militaires, interdiction de circuler dans certains secteurs comme celui de l'École du service de santé militaire avenue Berthelot, siège de la Gestapo.