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FELA KUTI, LE REBELLE DE L'AFR

Code EAN13: 9782917112137

Auteur : XXX

Éditeur : DEMI LUNE


   Non disponible
Introduction

Le soleil cogne sur le toit du tape-cul à douze places. Crachotant sa fumée noire du haut de l'autoroute qui enjambe la lagune, le minibus fend l'air poisseux. Devant, se dressent les gratte-ciel de Lagos Island, le Manhattan nigérian. En dessous, des huttes sur pilotis se mirent dans l'eau noire. Jaillis d'un rêve lilliputien, un vieux et deux disciples, pagnes blancs dans les roseaux verts, invoquent l'esprit des marais. Bienvenue au pays des contrastes!

Il est 9 heures du matin et nous nous dirigeons vers l'arène cimentée de Tafawa Balewa Square. Le portique monumental d'entrée est tendu de banderoles annonçant «Fela's Birthday». En ce samedi 17 octobre 1998 s'ouvre la première journée de l'anniversaire posthume en hommage au créateur de l'Afrobeat. Il aurait eu 60 ans et deux jours. Quatorze mois plus tôt, des dizaines de milliers de personnes se pressaient dans ce même espace pour un dernier adieu. Il est 10 h 30 quand les premiers accords font tanguer la haute scène en plein air Des policiers à cheval s'appliquent à faire reculer les premiers rangs de spectateurs à grands coups de nerf de boeuf. Du haut de leur monture, ils n'affichent que mépris pour ces jeunes gens, enfants ou femmes du petit peuple, pourtant bien calmes, tout simplement heureux de pouvoir assister à un concert gratuit.

À 16 heures, les uniformes ont disparu quand Seun, 15 ans, attaque Water no get Enemy accompagné par Egypt 80. Passablement chauffés au gin, vendu en petits sachets, les jeunes, en foule compacte, reprennent le tube à gorge déployée. Ils sont incontrôlables au moment où Femi & the Positive Force s'emparent de la scène. Une marée humaine déferle dans le périmètre de sécurité, creuse une brèche et s'engouffre à l'arrière de la scène. Comme sur un radeau, le groupe est emporté au gré de la transe Afrobeat qu'il attise. Soudain jaillissent des morceaux de fauteuils en plastique. Les danseurs sont pris de mouvements frénétiques. Un vent d'émeute souffle! Dans l'oeil du cyclone, Femi martèle ClearRoad forjaga Jaga (Dégagez la route pour la démence), une chanson de son père en forme d'exorcisme, dont les paroles incitent à libérer toute l'énergie de sa folie afin de retrouver un meilleur équilibre.

Peu après 18 heures, alors que le soir tombe, un coup de feu tiré en l'air dégage la route pour les voitures de la troupe quittant l'arène. La nuit de Lagos reprend ses droits et l'esprit de Fela guide le cortège.

La mégapole de Lagos s'étend sur une quarantaine de kilomètres du nord au sud et presque autant d'est en ouest derrière la côte lagunaire qui borde l'Atlantique. Près de 8 millions de personnes y cohabitent, entre banlieues miteuses et quartiers huppés surveillés par des hommes en arme. Des barrières ferment aussi l'accès aux stations-service. Gardées par des soldats, elles bloquent l'accès aux véhicules en temps de pénurie d'essence. Un phénomène récurrent dans ce pays qui se plaçait en 2007 au 5e rang de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) mais qui, faute de raffineries, importe son carburant. La corruption et l'incurie qui gangrènent les rouages de l'économie nigériane sont également à l'origine du système erratique de distribution d'électricité, qui oblige les consommateurs à utiliser des générateurs... à essence. Ces paradoxes perdurent depuis des décennies.

Un demi-siècle d'indépendance marqué par une succession de coups d'État militaires, le million de morts de la guerre du Biafra et la confiscation de la rente pétrolière par les gouvernants, essentiellement issus de l'armée, n'ont fait qu'accentuer le différentiel entre luxe et misère. La classe moyenne, qui avait émergé à Lagos dans le courant des années 1970, constate aujourd'hui à quel point Fela avait raison lorsqu'il dénonçait l'injustice du système corrompu verrouillant son pays. Ici, 75 % de l'activité économique, hors pétrole, relève du secteur informel; 12 États du Nord ont adopté la charia, la loi islamique, depuis la fin du xxe siècle; le recours à la peine de mort est fréquent, (au printemps 2010, les gouverneurs des 36 États de la fédération du Nigeria se sont mis d'accord pour faire exécuter 300 condamnés), et plusieurs dizaines de milliers d'hommes et de femmes attendent leur procès dans les prisons engorgées.

Plus qu'aucun autre artiste de sa trempe, Fela s'est trouvé confronté à la promiscuité des prisons nigérianes. Sa musique est devenue une force de combat pour l'équité et la justice. S'il a échoué à faire changer la politique de son pays, son message essentiel, profondément humain, lui a survécu. Quinze ans après la mort de Fela Anikulapo Kuti, des musiciens de toutes nationalités et de toutes couleurs s'approprient le son de l'Afrobeat Fela!, la comédie musicale de Broadway reprise à Londres, a élevé sa personnalité au rang d'un mythe. À travers l'art et la musique, Fela vit toujours aujourd'hui...
  • EAN
    9782917112137
  • Auteur
  • Éditeur
    DEMI LUNE
  • Collection
    VOIX DU MONDE
  • Genre
    Islam
  • Date de parution
    30/04/2012
  • Support
    Broché
  • Description du format
    Version Papier
  • Poids
    200 g
  • Hauteur
    180 mm
  • Largeur
    130 mm
  • Épaisseur
    14 mm
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