Ma naissance comme mon décès ne sont pas dénués d'incertitude. Dans ce contexte équivoque j'oscille entre le m'as-tu vu et, selon l'expression d'Henri Michaux, le désir de vivre «vidé de l'abcès d'être quelqu'un».
J'ai l'imagination pauvre et la capacité à produire des images, faible et lente. Alors je me recopie. Il m'arrive d'être distrait, d'oublier un motif, d'en ajouter un nouveau. C'est ce qu'on nomme évolution.
Des lentes maturations de matériaux divers accumulés au fond des mares remontent des bulles de gaz qui viennent en troubler la surface. Comme dans un fourre-tout, images, odeurs, sonorités s'emmagasinent en moi, s'égarent, se dissolvent au fil des saisons en une bouillie où se recompose de temps à autre une nouvelle image qui cherche, obstinée, à resurgir à l'air libre. J'essaie de la faire affleurer à la surface de la toile. Ainsi s'explique en partie ma lenteur à peindre, mon absence de projet défini, mon manque de théorie - si ce n'est flâner au bord de l'eau.
Du bord de la mare, je cherche à apercevoir l'entre-deux eaux des images: juste avant qu'elles se déposent sur le fond et s'y perdent, ou qu'elles affleurent à la surface et deviennent lisibles.