(...) L'endormie a un corps longiligne et inerte. Des mèches sur le visage, que j'écarte délicatement, mèches plus ou moins collées, visage laiteux. Je souligne, d'un doigt, le profil. M'attarde un peu sur la bouche entrouverte, pulpeuse mais sèche, deux tranches d'orange d'été. Je sens les petites canines proéminentes, juste trop. Laisse aller, ma main, sur un sein infime, nivelé presque, confiant, ça je me l'autorise. Chaque fois que j'effleure une partie du corps de l'endormie, je sens les démangeaisons dans mes gencives. Et se fluidifier l'aridité chronique de mon mécanisme respiratoire, l'espèce de cageot bancal qui m'en tient lieu. Je tends mon bras, le plus loin devant moi que je peux. Je peux, tendrement, faire remonter ma main le long d'une cuisse. C'est bon, d'être tendre. De pouvoir l'être autant qu'on veut sans devoir en assumer les conséquences. Sans devoir rien, sans avoir à. Les poils, à contre courant, sans voir, au jugé. A ce moment-là, le cerveau est vacillant, à découvert, pourrait se rendre, renoncer, enfin, pour de bon, et c'est tentant, mais. Ma main, sent, mon doigt, à peine, une petite fissure moite, incertaine.