Le 11 novembre 1918, la victoire fut proclamée, sacralisée, immortalisée. Et avec elle, l'invincibilité des vainqueurs. Nul besoin de loi anti-révisionniste pour préserver des outrages du temps, et de la réflexion, la suprématie définitive des Alliés et de leurs chefs et permettre ainsi à la légende de la figer dans les plis de l'éternité. Les vainqueurs en oublièrent l'essentiel, qui est, pour les philosophes, que les effets ne sont que les fruits périssables des causes qui les ont produits. En termes militaires, ils négligèrent Clausewitz qui disait que la paix est la continuation de la guerre par d'autres moyens. En 1939, le monde avait changé. Eux pas. Ils furent surpris de leur défaite en 1940, et l'opinion publique aussi. À tort, car c'est le contraire qui eut été étonnant.
Ces propos n'ont pas pour but d'accabler une génération disparue, qui a su en son temps faire preuve d'abnégation, de courage et d'héroïsme. D'autres l'ont déjà fait. Mieux que moi ou, si l'on préfère, de bien pire façon.
Ils ne visent pas non plus ceux qui se sont ceints des lauriers de la victoire en 1945 et qui depuis se pavanent dans ses oripeaux, contre vents et décolonisation, tandis que leur auréole de gloire se mue peu à peu en couronne mortuaire.