Les voyages, si essentiels à l'existence mouvementée d'Alexandre Dumas, forment aussi une part importante et incontournable de son oeuvre. Cette oeuvre généreuse, prodigieuse d'abondance, est aujourd'hui surtout connue du public pour ses romans, publiés à partir de 1842 (Le Chevalier d'Harmental). Or le succès de Dumas s'est d'abord fait au théâtre, dès 1829 (Henri III et sa cour), art et passion qu'il ne délaissera à aucun moment. Seulement Dumas a besoin et envie de voyager, et ne manque pas une occasion de quitter Paris. «Voyager, c'est vivre dans toute la plénitude du mot; c'est oublier le passé et l'avenir pour le présent; c'est respirer à pleine poitrine, jouir de tout, s'emparer de la création» écrit-il dans l'une de ses Impressions de voyage. C'est bien par l'impression (sur papier) de ses récits de voyage que Dumas touche d'abord les lecteurs de son temps, avant l'écriture de ses grands romans, et non par le théâtre qui s'écoute plus qu'il ne se lit. C'est dans le récit de voyage qu'il se fait écrivain. C'est même un genre littéraire qu'il affectionne particulièrement, et où il trouve un plaisir évident, comme dans certains de ses romans peu connus (Isaac Laquedem), à faire partager au lecteur une connaissance historique et mythologique de l'Antiquité impressionnante. Dumas publie ainsi successivement En Suisse (1833-1837), Excursions sur les bords du Rhin (1838, voyage en Allemagne et en Belgique), Quinze jours an Sinaï (1838), Le midi de la France (1840), la série de voyages en Italie avec Une année à Florence, La villa Palmieri, Le Speronare, et Le Corricolo (1841-1843), pour ne citer que les plus connus. Viennent ensuite ce voyage de 1846 de Paris à Cadix puis en Afrique du Nord sur le Véloce, et douze ans plus tard le voyage en Russie, avec De Paris à Astrakan et Le Caucase. Pour cette fois, Dumas adopte la forme épistolaire, dont il s'explique en la rapprochant de la causerie: «l'élément le plus nécessaire à cette verve que l'on veut bien me reconnaître parfois est la causerie, cette spirituelle hôtesse de nos salons». Dumas aime être écouté; il développera ce genre de la causerie par la suite, dans les «Causeries», qu'il publie d'abord dans ses journaux, Le Mousquetaire et Le Monte-Cristo, et qui seront reprises dans Causeries et dans Bric-à-brac. Le récit du Véloce, quant à lui, a été écrit à distance du voyage lui-même, entre 1848 et 1851, à partir des notes prises au cours du périple.