Le mythe paradisiaque attaché à Tahiti a été créé par les Occidentaux, mais depuis les élucubrations sur les "Bons Sauvages" et les vahine aguicheuses, les représentations des Polynésiens ne furent pas exemptes d'ambiguïtés. En contrepoint de ces lieux communs de la fantasmagorie occidentale, un nouveau mythe naquit à la fin du XXe siècle, évoquant la situation privilégiée des vahine présentées comme socialement dominantes au point que certains qualifièrent la société tahitienne de matriarcat. La popularité de cette proposition adoptée par l'opinion publique ne peut que laisser pantois ceux qui connaissent la réalité des violences familiales et conjugales subies par les enfants et les femmes de ces îles qui ne sont pas épargnées par ce phénomène comme certains voudraient le faire croire. Cet ouvrage révèle une étude mesurant précisément cette violence longtemps cachée par le déni et la honte, explore les multiples causes locales, sociales et "culturelles" de ce phénomène et aborde les raisons de son universalité. Les Tahitiennes dominent-elles ou sont-elles dominées? Ce livre démontre les paradoxes d'une situation qui ne peut pas être réduite à ces alternatives simplistes. La coexistence des violences et du "mythe du matriarcat" est replacée dans la dynamique des relations entre mouvement de renouveau culturel et situation coloniale, entre stratégies politiques des partis autonomistes et indépendantistes, entre intérêts divergents des femmes et des hommes imbriqués dans les bouleversements sociaux qui ont affecté la société tahitienne. Biographie de l'auteur Patrick CERF est gynécologue obstétricien et docteur en anthropologie sociale et culturelle. Il fréquente la Polynésie française depuis 1982 et s'y est installé en 1994. Il s'est intéressé à la place sociale des femmes polynésiennes dans un DEA intitulé Sexualité et désir d'enfant chez la femme tahitienne, et notamment à l'occasion d'une thèse en anthropologie qui est à l'origine de ce livre. Il poursuit ses recherches sur les rapports de genres masculin féminin.