Dès les premières lignes le ton est donné.. Tu peux toujours la gerber ta bile, la haine du bourgeois ça te remonte des viscères avec cette faim de vivre vulgaire qui te travaille en profondeur. Autant qu il m en rappelle je n ai jamais connu autre chose, un combat né dans cette pièce miteuse où nous logeait la patronne de ma mère, sa concierge... Madame Gutmann qu elle s appelait celle-là. C était une juive et très tôt j ai compris qu on associait souvent cette estampille à radin et ce malgré l holocauste, malgré la vérité des hommes, malgré tout. Force est de constater que radine elle l avait été en toute beauté avec ma mère, madame Gutmann. Dans cet immeuble où elle s est échinée à cirer ses escaliers (comme si c était les siens à ma pauvre mère), à sortir ses poubelles, à s occuper de ses locataires. Elle en a vu passer du pognon dans sa poche ma mère, qu elle allait porter à pinces et en métro jusqu à la rue du faubourg du temple où elle perchait la radine qui ne tarissait jamais d éloges sur le travail de ma génitrice mais pour qui les mots salaire et revalorisation étaient un handicap insurmontable, des mots qui, à les prononcer, risquaient fort de la faire capoter la garce. Mon père, lui, je n ai pas souvenir qu il la ramenait sur le sujet. La crise du logement sans doute faisait passer la pastille. Après tout cette pièce était ce qu elle était mais elle était surtout gratuite: ça permettait d en mettre sur la bordure, de ne pas rechigner et la critique de la patronne de ma mère s arrêtait à la porte de la loge qu elle tenait avec une dévotion que, malgré les années passées, je n arrive toujours pas à m expliquer. Mon père il était de la race des porteurs de casquettes beloteur de fond de salle dans les paris mutuels urbains. Avec lui on a été nourri au tiercé, aux westerns et aux engueulades réfléchies à la va vite...