Quelques jours après Noël, ma soeur m'a demandé de lui écrire un Livre d'Heures. Avec toutes les illustrations, elle a dit. Ma soeur affiche habituellement une allergie profonde aux choses de la religion. Elle moque ma pratique. En tout cas ne la comprend pas. Et sa demande n'est en rien le reflet de quelque changement d'attitude. Elle dit qu'elle ne veut pas de choses pieuses. Pas de citations. De références. Elle tient malgré tout à cette appellation. Que ce soit un Livre d'Heures. Ma soeur vient d'être opérée d'un cancer du colon et subit en ce moment la violence d'une chimiothérapie que l'on espère salvatrice. Quel lien entre la maladie et la demande? J'ai d'abord essayé de voir à quoi ressemblait un Livre d'Heures. J'avais bien sûr en tête ces images grandioses des "Heures du duc de Berry" (et ma soeur doit les connaître aussi). Je me rappelais que le premier roman que j'avais écrit (sans succès) tournait autour d'une lettrine - la lettre R - d'un tel manuscrit du Moyen Âge. Après de rapides recherches j'ai au moins compris qu'il ne fallait pas confondre ces Livres d'Heures - litres de dévotion censés accompagner les jours des croyants en leur rappelant les "mystères de la foi" - avec les livres d'heures monastiques qui égrènent la prière tout au long de la journée, de matines à complies, psaumes, hymnes, lectures.