La pièce débute dès l'entrée du premier spectateur. Le théâtre doit faire semblant de faire comme si on y jouait Nord-Est: affiches, prospectus, programmes, photographies de la parodie à venir.
Le commando tchétchène se mêle à la foule des spectateurs réels, dans le hall du théâtre où la pièce est jouée. Les acteurs doivent jouer à se confondre avec le public, en ne laissant échapper que quelques rares maladresses.
Tous sont invités à rejoindre leur fauteuil. (Les places peuvent être numérotées ou réservées pour que le commando soit stratégiquement disséminé parmi les spectateurs.)
Noir.
Silence.
CHAMILEVITCH - Pas maintenant.
Lever du rideau. Nord-Est, parodie de Nord-Ost, commence. Cette parodie condensée doit être bien exécutée dans son genre. Elle doit être jouée très rapidement, sans aucun temps mort, afin de ne pas dépasser les dix ou douze minutes. Sauf pour certains passages où il serait difficile de faire autrement, il n'est pas souhaitable de la jouer au second degré. Afin d'éviter toute redondance, il faut simplement en assumer la médiocre futilité, avec une grande application.
Premier tableau
(une minute et trente secondes)
Un calendrier indique que l'action se déroule en octobre 1917.
Sous forme de pantomime, avec un fond musical qui colle très exactement à l'action, comme dans un film muet (par exemple, musique sautillante quand Sania joue à la marelle, musique au suspense outré quand l'assassin repère sa proie, un coup de grosse caisse sur chaque coup de surin, etc.): Un facteur fait sa tournée en bicyclette. Il sifflote. Sania, habillé en enfant (il est censé avoir environ sept ans), joue à la marelle. Un vilain (Tatarinov, mais on ne sait pas encore que c'est lui), immédiatement identifiable en tant que vilain en raison de son costume et de sa gestuelle, rôde en quête d'un mauvais coup. Soudain, il repère le facteur - sa proie. Il le tue d'un coup de surin et s'empare de la sacoche de courrier, dont il laisse tomber une lettre que Sania vient ramasser timidement. Arrive le père de Sania. Son fils lui explique ce qui vient de se passer. Brave, le père se porte au secours du facteur qui expire dans ses bras. Un policier surgit alors de nulle part. Aussitôt, il arrête le père de Sania. Il emmène l'innocent en prison (où il périra). Sania hurle en silence.