Histoire des médias et crise des médias L'ancien et le nouveau Christophe Charle
Le discours actuel sur la crise des médias émane à la fois des praticiens (journalistes, directeurs de journaux), des observateurs de la communication qui se sont érigés en spécialistes, mais aussi des intellectuels qui ont toujours entretenu une relation conflictuelle et critique avec ce qu'on appelait autrefois «le quatrième pouvoir», «la grande presse», naguère «les mass médias». Les premiers versent en général dans des analyses techniques, statistiques, économiques, comparatives sur les spécificités des médias français, de leur marché, de leur public, de leur rôle social et culturel, mais visent avant tout soit à «pousser un cri d'alarme», selon l'expression consacrée, pour obtenir des aides publiques, ou à explorer de nouvelles solutions pragmatiques pour sortir de la crise. Les seconds ne voient dans la crise économique ou culturelle qu'un indicateur plus général de dérives qu'ils dénoncent en fait régulièrement depuis que le terme «intellectuel» est apparu dans son acception moderne, c'est-à-dire en gros depuis les années 1890. Bien entendu cette comparaison transhistorique n'est pas complètement adéquate puisque la principale différence entre ma période de prédilection et notre début de siècle est que, il y a plus d'un siècle, le combat se déroulait entre deux conceptions de la presse papier alors qu'aujourd'hui la crise traduit à la fois une concurrence entre diverses formes de presse mais aussi, plus globalement, entre de nouveaux médias et ce média traditionnel qui perd sans cesse du terrain, même dans sa forme autrefois dénoncée par les intellectuels de «presse populaire», au profit de ces nouveaux médias portés par les technologies électroniques et l'internationalisation du marché de l'information.