Parler de musique, à l'époque romantique, singulièrement en France et dans l'espace germanophone, c'est chercher à capter l'effet qu elle exerce, les émotions qu'elle procure, les images qu'elle évoque; c'est parler de soi-même. Le discours sur la musique avoue aussi une impuissance: les paroles ne savent pas vraiment dire ce que dit la musique. Comment expliquer la puissance, le mystère, la richesse dont la musique est seule détentrice? Romancier ou essayiste, chroniqueur mondain ou critique spécialisé, épistolier ou rédacteur de journal intime, artiste peintre ou compositeur attiré par l acte littéraire, chacun s'efforce de déchiffrer la musique, de faire partager à des lecteurs, fussent-ils imaginaires, ce qui est une expérience première du son. Cet écrit prend valeur de défi à restituer un trop-plein affectif, comme il témoigne des appétits de la génération romantique.