Transmettre le plaisir de la table aux générations futures n'est pas une idée nouvelle... Il y a plus de trente ans, Jacques Puisais faisait entrer le goût à l'école primaire en proposant un programme d'éveil sensoriel en dix leçons réparties sur une année scolaire: les premières Classes du Goût étaient nées. Leur philosophie? Une pédagogie active qui amène l'enfant à mieux se connaître à travers la dégustation: «A quelles odeurs ou à quelles saveurs suis-je sensible? Quelles sont les évocations que j'associe à tel ou tel goût?...» Au fur et à mesure qu'il apprend à goûter, l'enfant prête une attention plus soutenue à ce qu'il ressent et prend conscience de l'extraordinaire acuité de ses sens. Il affûte et enrichit son vocabulaire en dépassant vite le simple «j'aime - je n'aime pas» qui résume son jugement au début de la première séance de dégustation. Souvent, ces apprentissages sensoriels, concrets, ludiques et vécus dans la convivialité lui donnent envie de goûter des aliments et des plats moins familiers, enrichissant ainsi son répertoire alimentaire. L'éveil sensoriel conduit aussi à une découverte des autres. La mise en commun de ce que chacun ressent fait ressortir les différences entre goûteurs: celui-ci, sensible à l'amertume, grimace en goûtant un pamplemousse, alors que celui-là est indifférent au goût amer; certains apprécient des plats épicés quand d'autres ne les supportent pas. Chacun apprend à se situer par rapport aux autres et à respecter les différences. Cette pédagogie du goût a suscité un très vif intérêt de la part des enseignants, des enfants et de leurs parents, mais ses retombées n'avaient jamais été finement évaluées.