" Mon cher Choiseul, il n'y aura jamais en France d'autre marine que celle de Vernet. " L'histoire a démenti cette sentence de Louis XV puisqu'il y eut également celle des frères Ozanne et, sous le règne de Louis XVI, un remarquable essor des marines de commerce et de pêche, malgré le désastre des Cardinaux, en 1759, les longs conflits qui ponctuèrent les deux règnes - de la guerre de Succession d'Autriche à celle d'Indépendance, américaine - et la perte en 1763 des Indes et du Canada. Louis XVI, " amoureux de cartes et d'estampes ", suit avec passion les voyages des grands explorateurs, tel Bougainville, tandis que les ports bénéficient de l'activité des grandes routes maritimes.
Vernet, par ses toiles, et les frères Ozanne, par leurs gravures, rendent compte de la richesse et de la diversité d'une époque où soieries, épices et porcelaines transitent de Dunkerque à la Méditerranée, où des flottes de baleiniers, morutiers et thoniers sillonnent les mers, où les arsenaux militaires connaissent un nouvel élan " grâce " aux différents engagements. Vernet comme les Ozanne détaillent avec bonheur la vie de ces ports, des vaisseaux et des petites embarcations qui les animent, mais aussi des populations qui s'y côtoient : petits marchands, badauds, manœuvres participent à la restitution de cette seconde moitié du XVIIIe siècle qui apparaît, malgré tout, comme un âge d'or de la Marine française.