Rousseau dit quelque part : Je suis tout entier où je suis. La signification de cet énoncé " topologique " est au coeur de cet ouvrage, dont l'ambition est d'instruire sur de nouvelles bases le procès de la subjectivité humaine, en mettant en lumière les fondements de l'individualité du Moi à partir de la seule considération du " lieu " dans lequel lui-même se sent exister. Quel est ce lieu ? Pour tout Moi il existe un lieu tout juste ajusté à soi, un lieu que le Moi n'a cependant pas le pouvoir de quitter, ni de dépasser, et dans lequel il n'y a pas non plus de place pour un autre que lui. Ce lieu du Moi, ce lieu qui est tout entier occupé par lui-même, est la " position " dont il jouit ou dont il souffre à chaque fois sur le plan de sa vie subjective. Par sa nature affective, cette " position " où je suis ne saurait faire partie de cet hors de soi par excellence que l'on nomme généralement le Monde. Aussi cette " position " est-elle plus exactement un non-lieu ; ou, en tout cas, un topos qui, pour se situer en dehors du monde, n'a rien à voir avec cette " situation " du Moi dans l'espace et dans le temps qui fonde ce que la tradition philosophique appelle : le principe d'individuation. Analyser la topique du corps et de l'esprit, développer une topologie de la subjectivité, cela conduit alors aux parages de ce que certains philosophes nomment " disposition intérieure ", " tonalité de fond " ou " sentiment de l'existence ", et que d'autres, comme Nietzsche, dont il est largement question dans ce livre, appellent, avec peut-être encore plus de profondeur, le " Soi ".