Cette première édition critique des onze livrets que Quinault écrivit pour les tragédies lyriques de Lully, de 1673 à 1686, présente d'excellents exemples de l'esthétique galante des années glorieuses du Roi Soleil, avec des héros en quête d'amour et de gloire et de jeunes amants menacés par la jalousie d'un rival; le baroque, avec ses décors somptueux, ses machines éblouissantes et ses monstres volants, n'est pas oublié. Semblablement, les prologues encomiastiques nous rappellent que Louis XIV est omniprésent, mais les actes qui suivent nous montrent souvent des rois qui ne peuvent pas se passer de ces héros pour protéger leurs peuples contre les monstres et la colère du ciel. C'est donc ici l'âge classique dans toute sa splendeur et toute sa complexité, évoqué avec la « douce harmonie de la poésie, le naturel et la vérité de l'expression » loués par Voltaire.
Si le succès des satires de Boileau nous a fait croire à un Quinault qui était le contraire d'un « auteur sans défaut », l'histoire des décennies 1670 et 1680 ne révèle aucun auteur dramatique dont les oeuvres furent si souvent représentées ni qui fut si bien rémunéré. Choisi par Lully comme collaborateur pour le théâtre musical à la place de Molière, malgré la présence de concurrents tels que Racine, La Fontaine et Boileau, Quinault figure parmi les auteurs préférés de nombreux écrivains du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle, de Mme de Sévigné à Voltaire. Le renouveau d'intérêt pour l'opéra baroque nous a permis d'apprécier ces qualités en écoutant Atys, Alceste, Armide, Roland, Phaéton, Isis et, tout dernièrement, Thésée. Voici donnée l'occasion de lire ces livrets et d'en apprécier pleinement les multiples agréments.