Dès lors que la pratique de l'écoute a envahi la civilisation contemporaine, que peut-on attendre de la psychanalyse, si ce n'est qu'elle affirme son originalité en se séparant de la thérapeutique ? Car la cure analytique ne vise pas un mieux-être, mais une véritable mutation subjective au cours de laquelle le sujet se sépare de ses identifications, pour se faire réponse du réel. Il s'agit de pousser la psychanalyse à ses limites, au-delà de ce semblant qu'est le père de l'Oedipe, c'est-à-dire au-delà de l'inconscient freudien. Rompant avec la tradition, le désir de Lacan l'a amené à définir la psychanalyse par sa logique interne. Au-delà des semblants, il entend l'établir par un discours qui ouvre sur le réel. Même si le discours analytique - comme tout discours - ne peut échapper au semblant, même si l'acte de l'analyste pour opérer suppose un appareil de semblant, il essaie de toucher au réel qui suscite l'horreur. Pour le psychanalyste, ce franchissement est la condition même de l'acte, et de l'invention de savoir qu'il rend alors possible.