Que nous apprend la nouvelle lecture millerienne de la jouissance chez Lacan ?
D'abord que celle-ci était cantonnée dans un premier temps et tour à tour, dans la libido freudienne, dans l'imaginaire ou dans le réel lacaniens, toujours enfermée dans une opposition irréductible au signifiant. Petit à petit la jouissance est devenue chez Lacan, d'abord " signifiantisable " pour ensuite composer des alliances avec le signifiant (par exemple, au sein du fantasme). Elle a enfin trouvé son représentant conceptuel dans l'objet (a). Ce n'est qu'à la fin de son enseignement et grâce à la formalisation des quatre discours et des nœuds borroméens que Lacan unifie jouissance et signifiant, et il redéfinit alors la relation du signifiant et de la jouissance comme originelle.
Cette unification du signifiant et de la jouissance permet à Lacan d'aller jusqu'à parler de la " jouissance du bla-bla-bla ", l'expérience analytique elle-même étant mise sous l'enseigne de la jouissance, puisqu'elle utilise la parole.
En effet, avec cette nouvelle lecture du concept de jouissance chez Lacan, c'est tout l'édifice conceptuel de l'inconscient structuré comme un langage qui est battu en brèche. Au Lacan structuraliste et freudien succède un Lacan pragmatique.
Depuis longtemps, Jacques-Alain Miller s'était engagé dans une lecture de Lacan où il fixait l'une après l'autre les balises du champ lacanien, dit aussi champ de la jouissance.
Nous sommes, je crois, à l'orée d'une nouvelle ère de la psychanalyse que Lacan avait progressivement dessinée mais dont les axiomes n'étaient pas encore mis à jour. C'est chose faite dans ces cours de Jacques-Alain Miller que nous publions ici. Paulo Siqueira.