Une cure psychanalytique freudienne commence par le constat de ce que l'amour est au rendez-vous et de ce qu'il produit : une névrose dite de transfert.
Chose plus extraordinaire encore, la psychanalyse a découvert l'alliance paradoxale que contractent l'amour et la haine. C'est surtout chez le névrosé obsessionnel que Freud a repéré ce phénomène qui l'a amené à promouvoir la notion d'ambivalence. Lacan, lui, a élevé cette notion à la dignité de signifiant nouveau en inventant le terme d'hainarmoration.
Freud a réussi le tour de force de déduire les trois formes princeps du délire (de persécution, de jalousie et mégalomaniaque) à partir du seul et unique énoncé matriciel contenu dans la proposition : "Je l'aime".
Et amour est aussi unheimlich. Cet étrange familier apparaît, le plus souvent, sous des masques méconnaissables qui sont autant de dénégations, de reniements et de retournements de l'amour et ce n'est pas un hasard si, dans quelques comédies de Marivaux, celui qui aime ne le sait pas ou est le dernier à le savoir. C'est, d'ailleurs, cette dimension insue de l'amour qui rend le personnage comique et bavard, puisqu'il apparaît que l'amour rend loquace quand il n'est pas muet.
Mais que serait l'amour sans les dits de l'amour, et existe-t-il phrase au monde plus galvaudée et en même temps plus "amalgamatique" que l'énoncé "je t'aime" ? Toutes les chansons du monde l'ont décliné sur tous les tons, dans toutes les langues et pourtant, ça ne cesse pas de s'écrire et de se dire.
La chanson populaire créole, dont l'air trotte dans les têtes depuis longtemps, le dit aussi fort bien :
"Maladie d'amour, Maladie de la folie... Maladie d'amour, Maladie de la jeunesse..."