« Lorsqu'en 2001 Dany Laferrière se déclare «fatigué», il est fatigué, certes, d'écrire, mais «fatigué surtout de se faire traiter de tous les noms: écrivain caraïbéen, écrivain ethnique, écrivain de l'exil» (p. 38). Et le lecteur à qui le monde laferrien est familier admettra facilement que ces catégories ne correspondent pas aux aspirations de l'auteur. « [...] l"uvre de Dany Laferrière, s'il faut la situer dans le champ littéraire du Québec, est l'un des exemples les plus fascinants de «l'écriture migrante», bien que les frontières entre les catégories ne soient pas imperméables. Si l'écriture immigrante renvoie davantage à des faits socioculturels, aux difficultés de l'immigration, au passé et à une prise de conscience parfois douloureuse du moi face à l'autre, la littérature migrante fait «migrer» les images «pour déjouer les stéréotypes et les clichés qui encombrent les uvres». Dans ce jeu, l'appartenance nationale ne détermine plus l'identité culturelle. [...] Même si les littératures nationales réclament toujours leurs auteurs, ceux-ci ont de plus en plus tendance à passer à travers les mailles du filet. Et Dany Laferrière exprime cette réalité de la manière suivante, avec un clin d" il complice: «Je suis trop ambitieux pour appartenir à un seul pays. Je suis universel.» » --Ursula Mathis-Moser, Dany Laferrière. La dérive américaine