J'étais parvenue à me convaincre que j'étais un garçon et je tenais à ce qu'on m'appelle Joe. J'aurais aimé Oscar, comme mon personnage de dessins animés préférés mais, à l'époque, Oscar était le squelette des classes de biologie et un nouveau type de balai révolutionnaire. Alors je me contentais de Joe, même si sa syllabe en cul-de-poule sonnait comme une banale exclamation. Quand on évitait de penser aux Dalton, ça pouvait faire sérieux. Mon Oscar de la télé était, comme moi, une fille qui vivait comme un garçon. Elle était capitaine de la garde rapprochée de Marie-Antoinette et pouvait, beaucoup plus facilement que moi, cacher sa réelle identité sous sa grosse redingote garnie de médailles militaires et d'insignes royaux. Et je ne vous parle pas de sa belle épée, de son fourreau doré, de ses bottes à éperons, de son magnifique cheval blanc, de son oeil pénétrant et assuré, toujours plein de larmes et de lumière, et du vent, oui, surtout, de tout ce vent qui semait l'apocalypse dans ses cheveux invraisemblablement longs, épais et légers qui battaient la mesure de la chanson thème: «Lady, Lady Oscar, elle est habillée comme un garçon, Lady, Lady Oscar, personne n'oubliera jamais son nom.» Pas de grands héros sans bourrasques de vent, dans les dessins animés japonais.