Cet essai explore la vision architecturale et urbaine de l'Internationale situationniste, l'une des dernières avant-gardes du vingtième siècle, et de son principal représentant au Québec, Patrick Straram. Le mouvement situationniste rejette la planification rationnelle et fonctionnelle de la ville moderne. Il développe une vision utopique de la ville ainsi qu'une nouvelle forme d'urbanisme. La cité devient alors un vaste terrain de jeu où se déroulent les expérimentations situationnistes (dérive, psychogéographie) qui déterminent les éléments de l'espace physique et émotionnel de la ville future. L'aventure situationniste, à la fois culturelle, politique et urbaine, ne se limitera pas aux villes européennes. Patrick Straram, autodidacte passionné de littérature, de cinéma et de jazz, introduit à Montréal dès 1960 les idées du mouvement avec la publication de Cahier pour un paysage à inventer. L'échec de la réception de ce livre correspond à un changement de parcours culturel et politique de Straram, l'auteur se lançant par la suite dans un militantisme tous azimuts. Ainsi, son association avec la contre-culture québécoise a pratiquement éclipsé la profonde influence du situationnisme sur sa vie et sur son oeuvre. Or, Straram n'a cessé d'adopter et d'adapter tout au long de son existence la vision urbaine des situationnistes de même que leurs concepts artistiques et politiques. Biographie de l'auteur Géographe urbain et culturel, Marc Vachon est professeur adjoint à l'Université de Winnipeg. Il a publié des articles sur la représentation littéraire de la ville et s'intéresse tout particulièrement aux avant-gardes du vingtième siècle.