Extrait
Extrait de l'introduction
Parmi les auteurs qui ont tenté une théorie des émotions, beaucoup distinguent entre celle qu'ils nomment positive (la joie) et les trois autres (tristesse, peur, colère) qualifiées de négatives.
De fait, il est plus agréable d'être joyeux que triste. Mais pourquoi ces jugements qu'on pose sur ce que l'on ressent ? Prenons la peur, par exemple. Une certaine vision du courage, vertu hautement louée, fait de la peur un sentiment honteux, indigne d'un homme, qui se doit d'être valeureux, voire téméraire. Notez au passage le vocabulaire, qui fait du courage la valeur par excellence.
N'empêche que la peur, souvent, amène à protéger la vie. Prenez les bouquetins : ils semblent ignorer la peur. Ils avaient quasiment disparu de notre territoire : ces rois de la montagne éprouvaient si peu de crainte qu'ils se laissaient approcher à quelques mètres par les chasseurs, donc ils se sont fait massacrer. Il a fallu une loi dans le cadre de la protection de la faune pour les sauver de l'extermination, on les a réintroduits, et ils peuplent à nouveau nos forêts d'altitude et nos rochers. Par ailleurs, pour rester dans le règne animal, je suis très contente que mes chats aient peur des voitures !
Il est sain d'éprouver de la crainte, signal d'alarme qui permet de survivre dans le danger, par la fuite, le combat, ou les manoeuvres d'intimidation. Un individu - être humain ou animal - qui ignorerait la peur courrait rapidement à sa perte.
Les actions que la peur nous fera entreprendre peuvent être adéquates ou non. Dérive sécuritaire, guerre préventive, obéissance aveugle aux personnes ou aux groupes qui usent de la menace : ces réponses à la peur peuvent mener au désastre. La fuite s'avère parfois utile; affronter le danger peut permettre de sortir d'une situation difficile. La peur n'est ni positive ni négative ; les décisions qu'elle nous amène à prendre, elles, s'avéreront bonnes ou mauvaises.
On pourrait faire les mêmes constatations à propos de la tristesse. Et de la joie : je me souviens d'un paysage sublime qui m'a fascinée à tel point que j'ai perdu l'équilibre, fait une très mauvaise chute, et me suis retrouvée à l'hôpital avec une pommette fracturée...
Bien sûr il faut distinguer les émotions considérées comme «normales» de celles qui, dans leur excès, deviennent pathologiques : angoisse, dépression...
N'aie pas peur, ne sois pas triste, ne te mets pas en colère... ces injonctions bien connues ne servent à rien, sinon à marquer d'un jugement négatif ce que nous éprouvons.
Ce livre invite à lever ce jugement négatif posé sur la colère.
Parmi les auteurs qui ont tenté une théorie des émotions, beaucoup distinguent entre celle qu'ils nomment positive (la joie) et les trois autres (tristesse, peur, colère) qualifiées de négatives.
De fait, il est plus agréable d'être joyeux que triste. Mais pourquoi ces jugements qu'on pose sur ce que l'on ressent ? Prenons la peur, par exemple. Une certaine vision du courage, vertu hautement louée, fait de la peur un sentiment honteux, indigne d'un homme, qui se doit d'être valeureux, voire téméraire. Notez au passage le vocabulaire, qui fait du courage la valeur par excellence.
N'empêche que la peur, souvent, amène à protéger la vie. Prenez les bouquetins : ils semblent ignorer la peur. Ils avaient quasiment disparu de notre territoire : ces rois de la montagne éprouvaient si peu de crainte qu'ils se laissaient approcher à quelques mètres par les chasseurs, donc ils se sont fait massacrer. Il a fallu une loi dans le cadre de la protection de la faune pour les sauver de l'extermination, on les a réintroduits, et ils peuplent à nouveau nos forêts d'altitude et nos rochers. Par ailleurs, pour rester dans le règne animal, je suis très contente que mes chats aient peur des voitures !
Il est sain d'éprouver de la crainte, signal d'alarme qui permet de survivre dans le danger, par la fuite, le combat, ou les manoeuvres d'intimidation. Un individu - être humain ou animal - qui ignorerait la peur courrait rapidement à sa perte.
Les actions que la peur nous fera entreprendre peuvent être adéquates ou non. Dérive sécuritaire, guerre préventive, obéissance aveugle aux personnes ou aux groupes qui usent de la menace : ces réponses à la peur peuvent mener au désastre. La fuite s'avère parfois utile; affronter le danger peut permettre de sortir d'une situation difficile. La peur n'est ni positive ni négative ; les décisions qu'elle nous amène à prendre, elles, s'avéreront bonnes ou mauvaises.
On pourrait faire les mêmes constatations à propos de la tristesse. Et de la joie : je me souviens d'un paysage sublime qui m'a fascinée à tel point que j'ai perdu l'équilibre, fait une très mauvaise chute, et me suis retrouvée à l'hôpital avec une pommette fracturée...
Bien sûr il faut distinguer les émotions considérées comme «normales» de celles qui, dans leur excès, deviennent pathologiques : angoisse, dépression...
N'aie pas peur, ne sois pas triste, ne te mets pas en colère... ces injonctions bien connues ne servent à rien, sinon à marquer d'un jugement négatif ce que nous éprouvons.
Ce livre invite à lever ce jugement négatif posé sur la colère.