Le nom du félin était déjà présent dans la mythologie grecque où Lynx, fille de Pan et d'Écho, servit d'intermédiaire entre Zeus et Io, alors que chez les Romains, Ovide expose dans ses Métamorphoses le mythe de Triptolème où Cérès transforme Lincé en lynx. Ou encore c'est Bacchus qui rentre victorieux des Indes sur un chariot tiré par des lynx. Beaucoup plus tard, dans la mythologie amérindienne, le lynx et le coyote sont respectivement associés au vent et au brouillard, deux éléments contraires. Dans son histoire de lynx, C. Lévi-Strauss les décrit comme des jumeaux opposés, de force inégale, qui symbolisent un monde en perpétuel déséquilibre. L'analyse de ces deux entités lui permit d'interpréter les comportements amicaux des Amérindiens envers les Européens lors de leur première rencontre sur le Nouveau-Continent. Toute notre admiration ainsi que nos craintes ancestrales du lynx traversèrent les siècles pour se cristalliser dans des mythes et légendes populaires qui font partie intégrante de notre patrimoine culturel. La bête de la Gargaille, par exemple, sorte de bête du Gévaudan jurassienne, terrorisa les populations durant l'année 1819. Les descriptions faites à son sujet, qui sont le plus souvent contradictoires, exacerbées par la peur et l'imagination populaire, suggèrent les terribles exactions et le caractère maléfique du lynx. Cette peur atavique du félin a certainement pour origine la méconnaissance de cet animal fascinant. Il est, certes, admiré pour son élégance et sa beauté, mais encore il effraye parce que c'est un chasseur réputé efficace, discret et solitaire dont on ne connaît le comportement que peu ou prou. Même à notre époque, le lynx ne laisse personne indifférent et chacun le perçoit tel qu'il souhaite le voir. Une minorité le considère comme un braconnier à quatre pattes, sanguinaire, qui tue sans discrimination chevreuils et chamois, et qui décime les troupeaux de moutons. A l'opposé, pour une majorité il représente la vie sauvage telle que l'on se l'imagine avec nostalgie. Enfin, c'est un auxiliaire fort apprécié des forestiers.