Extrait
LE DÉPART
Diane est encore endormie. Virgile et Fantine, que j'ai depuis longtemps perdu l'habitude d'appeler papa et maman, inondent la salle de bains de leurs éclats de rire. Je prépare le café. Bien fort et bien serré, c'est comme ça qu'on l'aime dans la famille. Je pose sur la vieille table en bois la confiture de lait et la gelée de coing, le beurre et le pain de la veille que j'ai pris soin d'envelopper dans un linge humide. Les gestes répétitifs ne me font pas peur, je ne suis pas de celles que la routine angoisse, je chéris mes habitudes, j'éprouve un certain plaisir à prendre soin de mon petit monde.
- Diane nom de dieu, il est l'heure !
Ma voix stridente résonne dans notre modeste appartement. Un brin d'agressivité est toujours nécessaire pour extirper ma petite soeur des bras tendres et moelleux de Morphée. J'entends un râle, elle a dû ouvrir les yeux.
- Qu'est-ce que j'ai faim, cette nuit m'a creusée, dit joyeusement Fantine en entrant dans la cuisine, je pourrais manger un loup !
Virgile l'attrape par la taille et grogne dans son cou, elle rit.
- On dit «J'ai une faim de loup», pas «Je pourrais manger un loup», dis-je en ôtant la cafetière du feu.
Je remplis les tasses. Je crie encore une fois pour essayer de faire tomber notre déesse de son nuage, nous nous asseyons autour de la table, et nous entamons le petit-déjeuner.
Ce mercredi 1er juillet est un jour à marquer d'une pierre blanche, nous partons en vacances pour la première fois. Bien sûr, nous avons déjà passé une journée au bord de la mer, nous habitons à moins de cinquante kilomètres d'une grande plage de sable fin. Mais jamais de vrai départ, jamais de valises qui débordent, de longs trajets en voiture, de pauses pipi, de sandwichs pour la route. J'en ai préparé huit, deux chacun, jambon fromage, sans moutarde pour Fantine.
- Les clients ne vont pas comprendre qu'on ferme la boutique pendant un mois, dit Virgile en soufflant sur son café. Mon père n'a jamais pris de vacances, je n'ai jamais pris de vacances, et toi...
- Moi, je gère les dépenses, conclus-je, et je te dis qu'on peut se permettre un extra pour une fois. A ton âge, la plupart des gens prennent leur retraite et passent leurs journées à la pêche ou dans des autocars.
Dans la famille, on est abat-jouriste de père en fils, mais comme chez nous il n'y a pas eu de garçon, c'est moi qui ai appris le métier. Pour aller travailler, il suffit de descendre d'un étage, la boutique est juste en dessous de l'appartement, ça a toujours été comme ça, déjà du temps de grand-papa. Diane vient nous aider quelquefois, mais il faut bien avouer qu'elle n'a jamais été très habile de ses dix doigts.
(...)
Diane est encore endormie. Virgile et Fantine, que j'ai depuis longtemps perdu l'habitude d'appeler papa et maman, inondent la salle de bains de leurs éclats de rire. Je prépare le café. Bien fort et bien serré, c'est comme ça qu'on l'aime dans la famille. Je pose sur la vieille table en bois la confiture de lait et la gelée de coing, le beurre et le pain de la veille que j'ai pris soin d'envelopper dans un linge humide. Les gestes répétitifs ne me font pas peur, je ne suis pas de celles que la routine angoisse, je chéris mes habitudes, j'éprouve un certain plaisir à prendre soin de mon petit monde.
- Diane nom de dieu, il est l'heure !
Ma voix stridente résonne dans notre modeste appartement. Un brin d'agressivité est toujours nécessaire pour extirper ma petite soeur des bras tendres et moelleux de Morphée. J'entends un râle, elle a dû ouvrir les yeux.
- Qu'est-ce que j'ai faim, cette nuit m'a creusée, dit joyeusement Fantine en entrant dans la cuisine, je pourrais manger un loup !
Virgile l'attrape par la taille et grogne dans son cou, elle rit.
- On dit «J'ai une faim de loup», pas «Je pourrais manger un loup», dis-je en ôtant la cafetière du feu.
Je remplis les tasses. Je crie encore une fois pour essayer de faire tomber notre déesse de son nuage, nous nous asseyons autour de la table, et nous entamons le petit-déjeuner.
Ce mercredi 1er juillet est un jour à marquer d'une pierre blanche, nous partons en vacances pour la première fois. Bien sûr, nous avons déjà passé une journée au bord de la mer, nous habitons à moins de cinquante kilomètres d'une grande plage de sable fin. Mais jamais de vrai départ, jamais de valises qui débordent, de longs trajets en voiture, de pauses pipi, de sandwichs pour la route. J'en ai préparé huit, deux chacun, jambon fromage, sans moutarde pour Fantine.
- Les clients ne vont pas comprendre qu'on ferme la boutique pendant un mois, dit Virgile en soufflant sur son café. Mon père n'a jamais pris de vacances, je n'ai jamais pris de vacances, et toi...
- Moi, je gère les dépenses, conclus-je, et je te dis qu'on peut se permettre un extra pour une fois. A ton âge, la plupart des gens prennent leur retraite et passent leurs journées à la pêche ou dans des autocars.
Dans la famille, on est abat-jouriste de père en fils, mais comme chez nous il n'y a pas eu de garçon, c'est moi qui ai appris le métier. Pour aller travailler, il suffit de descendre d'un étage, la boutique est juste en dessous de l'appartement, ça a toujours été comme ça, déjà du temps de grand-papa. Diane vient nous aider quelquefois, mais il faut bien avouer qu'elle n'a jamais été très habile de ses dix doigts.
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